Hommage pour la mort de Koji Wakamatsu !

Nous vivons un jour triste… La mort d’un grand réalisateur s’est fait connaitre le Mercredi soir. Koji Wakamatsu à une liste de films impressionnantes. Un petit retour sur lui pour un hommage à ce grand cinéaste Japonais en parlant du livre sur sa personne !
Redécouvert en France depuis 2007, le réalisateur japonais Koji Wakamatsu connaît une rapide reconnaissance, entre la sortie de ses premiers films en DVD, une rétrospectiveà la Cinémathèque Française… À cela, s’ajoute désormais la publication de ce livre – une première en Occident !

À savoir que ce portrait est une compilation d’articles dont le coeur est signé par le cinéaste en personne. Plus que des analyses filmiques, le livre nous offre directement les pensées d’un Wakamatsu tant sur des sujets ouvertement politiques, que l’évolution du cinéma japonais avec la place des films pink, mais aussi, sur sa propre expérience de “discriminé“. De quoi permettre aux lecteurs de se plonger dans l’esprit du cinéaste pour mieux découvrir de son côté, les films de Wakamatsu.

POINT DE VUE FRANÇAIS

C’est un essai du critique français Thoret qui ouvre le bal, offrant une présentation générale du cinéma de Koji Wakamatsu histoire de poser les bases. Ça commence par l’intérêt du “cinéma rose” comme moyen d’expression d’une bande de cinéastes nippons enragés, prenant alors un système commercial à son propre jeu. Évidemment, Koji Wakamatsu ressort du lot, sans pour autant ignorer d’autres noms (Chusei Sone par ex,). Le passif yakuza du cinéaste viendra expliquer les velléités révolutionnaires qu’on découvrira à travers ses futurs films. L’analyse aidant, l’auteur pointe avec pertinence les thématiques de ses films les plus réputés (période années 60), allant jusqu’à proposer quelques interprétations parfois un peu lourdes – peu surprenant vu la nature symbolique ces oeuvres. Et si ces remarques peuvent être plus intéressantes que les films en eux-mêmes, l’auteur nuance certains points en rappelant la réalité économique des tournages, et donc d’un certain hasard (l’auteur roi n’est pas dieu).

Secrets derrière le mur, 1965

Ensuite, il enchaîne directement avec la période fin des années 2000, toujours aussi pertinent dans le regard porté sur la mise en scène. Par contre, le texte fait régulièrement des rapprochements avec des figures européennes, en particulier Pasolini, dont Wakamatsu “pourrait constituer la version pop et nippone“. Quelque part entre la volonté d’établir des repères par des noms connus et de situer Wakamatsu dans un mouvement international. Et si les parallèles avec un Polanski, un Antonioni ou un Fritz Lang (rien que ça) ont tendance à surévaluer la stature de Wakamatsu, Thoret cherche surtout à comprendre les failles, les ambiguïtés de l’oeuvre du cinéaste nippon. Le genre de nuance intéressante, si comme moi, vous trouvez la réponse critique française parfois un peu démesurée. Dans tous les cas, l’auteur envisage Wakamatsu comme un auteur né, ignorant l’apport des habituels collaborateurs du japonais révolté. En plus de l’absence d’une grosse partie de la filmo de Wakamatsu, que s’est-il passé ? Quel développement thématique entre 1970 et 2007 ? La réponse se trouve dans la suite du livre !

PAROLE D’UN CONFRÈRE

“Wakamatsu est l’un des tout premiers pionniers à vouloir persévérer
dans la position du discriminé et dans la réalité de sa discrimination” – Nagisa Oshima

Belle surprise de retrouver ici la plume d’un Nagisa Oshima, reconnu pour ses talents de cinéaste. Plutôt joueur, Oshima se laisse tenter par l’exercice risqué de faire la critique d’un autre réalisateur, son compatriote discriminé Wakamatsu. Mais finalement la critique tourne rapidement à l’éloge de la “plate-forme de création” d’un cinéaste naviguant dans les “bas-fonds” d’une industrie japonaise en crise. D’un Wakamatsu réussissant à se passer des grands studios japonais pour assurer financement & distribution de ses films qui trouvent toujours le public.

Wakamatsu & Oshima, 1968

Avec quelques anecdotes, Oshima précise l’autre nom du cinéma pink (“les films à 3 millions de yens“, environ 26 500 euros) tout en lâchant des pics envers le cinéma mainstream et ses étiquettes (rejet du terme “Nouvelle vague”). Un peu plus loin, il révèle son esprit d’analyse, décortiquant les thèmes wakamatsuiens et l’originalité de ses récits de vengeance. Ce regard japonais apporte des pistes alternatives à la présentation critique française du livre. Même si Oshima semble plus admirer la posture de Wakamatsu que ses films, le plaçant comme modèle à suivre du cinéma japonais indépendant. En interrogeant le devenir d’un Wakamatsu libre, Oshima-critique questionne le futur d’Oshima-cinéaste, bientôt Palmé. Comme il l’écrivait en intro, “quand un auteur parle des œuvres d’un autre auteur, je crois qu’il craint toujours de se retrouver à parler un peu trop de lui“.

WAKAMATSU PAR KOJI

Mais qui mieux que Wakamatsu en personne pour parler de ses films et du contexte d’époque ? Cette série d’articles écrits par le cinéaste représente le point central du livre, une manière de découvrir l’état d’esprit derrière ces fameux films roses tendance révolutionnaire. Wakamatsu revient d’abord sur le scandale suscité par la projection de son Secrets derrière le mur au festival de Berlin en 1965, où il était présent.

Se définissant fièrement comme un “cinéaste de troisième catégorie“, il considère l’idée de scandale comme une gloire faisant office d’arme révolutionnaire. Toujours avec un violent rejet des institutions et des studios produisant des “films gentils” inoffensifs. Forcément, la moindre étiquette bien-pensante réveille chez Wakamatsu un sentiment de victoire, à l’exemple de Secrets… qualifié de “film deshonorant pour la nation“. Plus que de la provocation, le cinéaste veut finalement repenser la création même des films, sortir d’un schéma de contestation théorique fatigué pour créer un cinéma capable de “donner un coup” au public. Après tout, le contexte d’époque était propice à l’émergence d’un nouveau cinéma.

“Mon ennemi, c’est tout ce qui incarne le pouvoir et l’autoritarisme” – K.W

Par la suite, Wakamatsu affirme la révolte comme partie intégrante de son être, avant de partager sa considération du travail d’actrice pour ensuite, livrer son point de vue sur l’affaire Nikkatsu en 1972. Une affaire de censure visant la production airotique d’un studio au bord de la faillite, ce qui amène Wakamatsu à dénoncer un coup marketing bien pensé, ainsi que l’hypothétique début d’un “contrôle de la liberté de pensée“. Et c’est sans surprise qu’il se retrouvera à afficher son soutien à l’Armée Rouge après la débâcle de l’Incident d’Asama – alors que la plupart des intellectuels militants se font discrets. Dans son commentaire, le cinéaste pointe l’hypocrisie d’un pouvoir qui ne s’interroge jamais sur lui-même, ni sur l’origine du drame.

ITINÉRAIRE D’UN PAYSAN

Mais Wakamatsu parle aussi de lui, à travers un texte plus personnel, il raconte sa rancoeur de campagnard venu vivre à Tokyo, de ses rencontres à ses questions quotidiennes, pour terminer sur une note optimiste teintée par l’espoir de changer le monde, avec ses films, avec son équipe. Puis, il revient commenter le mépris des élites japonaises pour la pornographie, avec la présence d’une censure et cette volonté de réguler l’imaginaire. À partir de ce point, le cinéaste se lance dans un parallèle avec des évènements internationaux, critiquant vivement l’irresponsabilité et l’imbécilité rampante des médias japonais. Et l’hymne à la rancoeur de Wakamatsu s’achève sur le souvenir d’un bout de discussion entre 2 ivrognes dans un coin de Corée, qui sur un ton politico-poétique, se demandent à quoi ressemble l’archipel du Japon vu de l’étranger. Cette note volatile vient alors introduire l’expérience de la Palestine.

“Mais pourquoi tu t’occupes d’un truc aussi peu rentable ?
Ça rapporte pas un rond, la Palestine.” – Un Yakuza

C’est dans un superbe texte que Wakamatsu raconte sa 1ère rencontre avec la Palestine, du tournage du film de propagande Armée rouge/FPLP dans un camp palestinien à son retour au Japon avec la naissance d’un mouvement pro-palestinien japonais. Le ton est franc et direct, quand Wakamatsu part au Moyen-Orient, c’est sur proposition de son collègue-scénariste Masao Adachi. À ce moment-là, le cinéaste avoue ne pas connaître l’existence de la Palestine, et plutôt qu’un engagement, il reconnaît partir avec l’idée de tourner des images qu’il pourra revendre aux chaines de télé japonaises. Progressivement, avec la découverte de la situation sur place, et des gens rencontrés, Wakamatsu changera d’idée (avec un reste de honte dans la gorge). Prenant conscience aussi du lien d’amitié l’unissant à un Adachi, les troupes révolutionnaires. Wakamatsu continuera son engagement au Japon, tout en devant faire face à certaines difficultés, il lui faudra par exemple batailler pour diffuser son documentaire.

PLUS LES TEMPS CHANGENT…

Avec l’article suivant, écrit dans les années 80, Wakamatsu réaffirme son amour du film rose tout en déplorant son aseptisation du moment. Réalisateur depuis déjà 20 ans, il reste fidèle à ses croyances et constate le retournement de veste des cinéastes japonais. Une victoire ? Non, car si la sexualité est désormais devenue respectable, elle a surtout abandonné son caractère politique. Pour Wakamatsu, “vendre du sexe approuvé par le système, ça revient à faire de la propagande fasciste“. À mesure qu’il constate amèrement le changement d’époque, d’une apathie naissance, il semble comprendre plus que jamais la nécessité de perséverer dans l’action révolutionnaire, quitte à s’éloigner du cinéma pink.

Quand Wakamatsu revient sur une selection intéressante de ses films, majoritairement période post-70, on obtient une suite de mini-articles pétillant d’anecdotes sur l’origine de certains projets, l’importance du hasard des rencontres et des intentions même du cinéaste. Toujours hostile à l’égard du pouvoir, mais exprimant ses idées de façon plus subtile, moins rentre-dedans. Le livre aura tarder à proposer ce regard passionnant de l’artiste sur son oeuvre, préférant jusque là se concentrer sur le portrait du révolté. Intéressant aussi de découvrir sa carrière post-70, complètement ignorée jusqu’alors. Preuve qu’entre Armée rouge/FPLP en 71 et United Red Army en 2007, Wakamatsu a continué de réaliser, peut-être même ses meilleurs films ?

LA RÉVOLUTION INTÉRIEURE

Le cinéaste continue son introspection dans un texte auto-biographique, revenant sur sa famille, son enfance puis son arrivée dans le cinéma après une suite de petits boulots qui auront commencer à forger ses convictions. Toujours avec franchise, Wakamatsu partage les doutes de son parcours : la honte d’être campagnard, le manque d’assurance pour réaliser son 1er film, son envie de quitter le cinéma… Et contrairement aux textes analytiques du début, le cinéaste précise l’importance d’avoir travaillé avec certains talents (Atsushi Yamatoya, Chusei Sone) mais surtout un Masao Adachi capable de traduire ses images en scénarios. Si leur première collaboration avait été un désastre, Wakamatsu finira par écrire “sans lui, je ne serais pas celui que je suis maintenant, sa présence fut capitale pour moi“. Le genre de remarque qui permet de contrebalancer les quelques répétitions avec les textes précédents.

Enfin, le dernier écrit de Wakamatsu concerne son dernier film, Le Soldat Dieu. Il revient sur la genèse du projet, son envie de raconter l’histoire des parents de la génération de l’Armée Rouge. Ce qui l’amène à brasser souvenirs personnels et remarques sur un Japon actuel voulant se réarmer comme s’il s’agissait d’un jeu. Wakamatsu veut montrer le drame humain, qu’une guerre n’est jamais juste, faisant ici un parallèle entre le Japon Impérial et le conflit Israelo-Palestinien. Le cinéaste rappelle aussi l’indépendance du projet, affirmant qu’il ne tourne pas ce genre de film dans un but lucratif. En 1965 comme en 2010, Wakamatsu reste un marginal.

RÉPONSES DE WAKAMATSU

Le livre se termine sur un entretien de plus de 50 pages avec Koji Wakamatsu, couvrant la totalité de sa filmographie. Dans la continuité de certains textes, le cinéaste revient sur les conditions de tournage du cinéma rose, comment il parvenait à gérer un tout petit budget (environ 25 000 euros) et enchaîner des films les uns après les autres tout en invitant des jeunes talents à réaliser un 1er film pour sa société de production Wakamatsu Prod. Il parle aussi de sa “méthode” de travail qui demeure quasi-inchangée depuis le début de sa carrière, ce qui lui a permis à plusieurs fois d’arnaquer des producteurs pour mieux réaliser “ses” films.

“Le meilleur moment pour lui donner du travail c’était en fin de mois, car en général, il n’avait pas de quoi payer son loyer et il se mettait à écrire comme un dingue.”
– Wakamatsu à propos de son scénariste, Masao Adachi

Wakamatsu se souvient de certaines aventures, comme par ex, L’Empire des Sens d’Oshima sur lequel il était producteur executif. Bref, beaucoup d’anecdotes et de difficultés rencontrées qui dévoilent l’évolution du Japon pour un cinéaste toujours à la marge. Moquant la tendance acceptable du film pink des studios, ou de ces films censées représenter la jeunesse avec en tête d’affiche le “fameux Yujiro Ishihara de la Nikkatsu qui ne faisait que jouer du ukulélé ou draguer des filles avec des BMW et des yachts“. Si l’entretien comporte quelques répétitions avec le reste du livre, il reste un élément passionnant à découvrir.

CONCLUSION

Un livre forcément essentiel pour les amoureux du cinéma japonais, regardé ici sous l’oeil d’un marginal contestataire heureux de bousculer le système. Au fur et à mesure de la lecture, le Wakamatsu pamphlétaire, dont les écrits respirent la rage et la provocation, fait place à un Wakamatsu moins bourrin, toujours révolté mais surtout plus touchant car plus personnel. Le militant révèle progressivement l’homme. Un choix intéressant qui permet de faire la peinture de l’époque entourant ces films au lieu de trop chercher à les définir sous l’angle d’une approche analytico-théorique (comme les 2 premiers textes de l’ouvrage). Disposant des clés, le lecteur est libre de se faire sa propre expérience du cinéma de Wakamatsu.

Par contre, il y a pas mal d’éléments répétitifs, conséquence d’un assemblage chronologique de différents textes publiés dans plusieurs revues japonaises entre 1968 et 2010, avec l’exposition régulière des mêmes idées. L’avantage, c’est un ton varié allant du regard très spécifique voire abstrait à du texte très facilement accessible (La Palestine & Moi, Je me souviens). Enfin à noter la superbe sélection de photos rares qui accompagne cette virée dans la tête d’un révolté japonais. Maintenant, reste plus qu’à (re)découvrir les films de Koji Wakamatsu !

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